Crans-Montana : un drame qui interroge nos obligations en matière de sécurité incendie

Dans la nuit du Nouvel An 2026, un incendie d’une violence extrême a ravagé le bar Le Constellation à Crans-Montana (Suisse). Le bilan est terrible : 40 personnes ont perdu la vie, plus de 100 blessés, dont de nombreux jeunes, certains grièvement brûlés.
Au-delà de l’émotion légitime, ce drame pose une question essentielle pour tous les employeurs, exploitants d’ERP et responsables d’établissements :
Que peut-on – et que doit-on – faire pour éviter qu’un tel scénario se reproduise dans nos entreprises et lieux recevant du public en France ?
Ce que l’enquête met déjà en évidence
Les premiers éléments convergent vers un embrasement rapide, probablement déclenché par des bougies étincelles (fontaines pyrotechniques) utilisées dans un espace clos, en sous-sol. Le feu s’est propagé en quelques secondes, générant une chaleur extrême, une fumée dense et un mouvement de panique massif.
Escaliers étroits, forte densité de public, matériaux combustibles, absence de réaction immédiate : autant de facteurs aggravants bien connus des services de prévention incendie.
« La vraie tragédie, ce n’est pas l’incendie en lui-même.
C’est l’absence de réflexes, de préparation et de personnel formé face à un départ de feu. »
— Emmanuel SEGURA, Adjudant‑chef des sapeurs‑pompiers
Ce que dit clairement la réglementation française
En France, le Code du travail encadre précisément les obligations de l’employeur en matière de prévention incendie. Ces textes ne sont ni symboliques, ni optionnels.
Article R.4227-28
« L’employeur prend les mesures nécessaires pour que tout début d’incendie puisse être rapidement et efficacement combattu. »
Cela implique :
- des moyens de lutte adaptés (extincteurs, RIA, alarme),
- du personnel formé, capable d’agir immédiatement,
- une organisation claire des secours internes.
Article R.4227-34
« Des exercices d’évacuation doivent être organisés au moins tous les six mois. »
Ces exercices permettent de :
- tester les cheminements d’évacuation,
- identifier les points de blocage,
- corriger les comportements inadaptés,
- mettre à jour les consignes et procédures.
Article R.4227-39
« Le personnel doit recevoir une formation appropriée à l’utilisation des moyens de premier secours contre l’incendie et aux procédures d’alerte. »
Cette formation doit être pratique, régulière et adaptée aux risques réels du site.
DUERP et responsabilité de l’employeur
Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) doit obligatoirement :
- intégrer le risque incendie,
- être mis à jour après chaque modification des locaux, activité, effectif ou exercice,
- servir de base à la politique de prévention.
En cas de manquement grave, la responsabilité de l’employeur peut être engagée sur le plan pénal, notamment au titre :
- de l’article 221‑6 du Code pénal (homicide involontaire),
- et des infractions liées à la mise en danger d’autrui.
Et pour les ERP (bars, restaurants, établissements festifs…)
Les établissements recevant du public sont soumis en plus au Règlement de sécurité incendie ERP (arrêté du 25 juin 1980 modifié).
Les établissements de type N (restaurants, bars, discothèques) sont particulièrement exposés, surtout en configuration festive ou nocturne.
Ce que l’expérience montre : ce qui aurait pu limiter le drame
Sans préjuger des responsabilités judiciaires, l’expérience des services de prévention montre que certains leviers sont déterminants :
- Former régulièrement le personnel (extincteurs, évacuation, alerte),
- Interdire ou encadrer strictement les effets pyrotechniques en intérieur,
- Réaliser des exercices d’évacuation réalistes,
- Identifier clairement les rôles (guide‑file, serre‑file, responsable évacuation),
- Vérifier l’accessibilité permanente des issues de secours.
Former, ce n’est pas cocher une case. C’est créer des réflexes.
Le drame de Crans‑Montana nous rappelle une réalité opérationnelle :
en situation d’urgence, on n’improvise pas ce que l’on n’a jamais appris.
« Un extincteur non utilisé par manque de formation,
c’est une chance perdue de contenir un feu naissant.
Former, ce n’est pas une contrainte réglementaire :
c’est un acte de responsabilité humaine. »
— Emmanuel SEGURA
Conclusion
La prévention incendie repose sur l’anticipation, la formation et l’entraînement.
Les textes existent. Les retours d’expérience aussi.
Ce qui fait la différence, ce sont les décisions prises en amont.
Informer, former, tester, corriger :
c’est ainsi que l’on évite que le pire ne se reproduise.
