En 2024, environ 760 décès accidentels liés au travail ont été reconnus par l’Assurance maladie. Près de 6 sur 10 sont des malaises mortels, c’est-à-dire des décès survenus sur le lieu de travail sans cause externe identifiée. Une nouvelle étude de l’INRS, présentée en juin 2026 lors du 38e Congrès national de médecine et de santé au travail à Lyon, précise le profil des victimes et surtout les leviers de prévention. Décryptage, et ce que ça implique concrètement pour votre entreprise.

Ce que dit l’étude INRS

L’INRS s’appuie sur la base Epicea, qui recense les accidents du travail graves et mortels. Après une première analyse portant sur la période 2012 à 2022, une nouvelle étude a examiné les malaises mortels survenus entre septembre 2023 et février 2025. Les conclusions confirment les précédentes.

  • Dans plus de 8 cas sur 10, il s’agit de morts subites cardiaques, dont le mécanisme principal est l’infarctus du myocarde.
  • 88 % des victimes sont des hommes, avec un âge médian de 53 ans.
  • Les conducteurs de poids lourds arrivent largement en tête des professions concernées (15 %), devant les cadres et directeurs (8 %), puis les agents d’entretien et les métiers qualifiés du bâtiment (3 % chacun).
  • Dans 83 % des cas, l’activité du salarié au moment du malaise était son activité habituelle. Pas d’effort exceptionnel, pas de situation extraordinaire.
  • Plusieurs facteurs de risques professionnels reviennent dans les récits : manutention et activité physique, horaires atypiques (nuit et travail posté), ambiances thermiques (froid et fortes chaleurs), travail seul.

Le chiffre qui doit vous interpeller : 73 %

Dans 73 % des cas, la victime était seule au moment du malaise. Et l’INRS apporte une nuance essentielle : ces salariés n’étaient pas forcément des travailleurs isolés au sens réglementaire du terme.

C’est là que beaucoup d’entreprises se trompent. Sur le papier, le salarié n’est pas isolé : un collègue se trouve à 150 mètres, une ronde est prévue toutes les deux heures, un chef d’équipe passe dans l’après-midi. Dans les faits, personne ne le voit tomber. Or en cas d’arrêt cardiaque, chaque minute sans massage cardiaque fait chuter les chances de survie d’environ 10 %. Au bout de 8 à 10 minutes sans geste, les chances deviennent quasi nulles.

La bonne question à se poser n’est donc pas « ai-je des travailleurs isolés déclarés ? » mais : qui est réellement seul, à quel moment de la journée, et combien de temps s’écoulerait avant que quelqu’un ne s’en aperçoive ?

Pourquoi la formation SST est le maillon décisif

L’INRS identifie l’organisation des secours comme l’une des trois grandes pistes de prévention. Le Dr Anne Bourdieu, co-autrice de l’étude, rappelle la nécessité de former davantage de sauveteurs secouristes du travail et de sensibiliser plus largement les salariés aux gestes de premiers secours : savoir qui alerter, comment réagir, comment masser, comment utiliser un défibrillateur. Selon elle, cela « augmente considérablement les chances de survie ».

C’est exactement ce que nous constatons sur le terrain. Un défibrillateur accroché au mur ne sauve personne tout seul. Une procédure d’alerte affichée dans le couloir ne sauve personne non plus. Ce qui fait la différence, c’est un collègue qui reconnaît la situation en quelques secondes, qui donne l’alerte correctement et qui commence le massage cardiaque avant l’arrivée des secours.

Rappelons aussi le cadre réglementaire. L’article R. 4224-15 du Code du travail impose la présence d’un membre du personnel formé aux secours dans chaque atelier où sont réalisés des travaux dangereux, ainsi que sur les chantiers de plus de vingt personnes durant plus de quinze jours. L’article R. 4224-16 impose un matériel de premiers secours adapté et facilement accessible, avec des consignes définies avec le médecin du travail. Le SST n’est donc pas une option de confort, c’est le socle de l’organisation des secours.

Et le défibrillateur, est-il obligatoire ?

La réponse est nuancée, et beaucoup d’employeurs s’y perdent.

  • Dans les locaux de travail classiques, le Code du travail n’impose pas le défibrillateur automatisé externe (DAE), contrairement aux extincteurs. C’est à l’employeur d’évaluer l’opportunité de s’équiper dans le cadre de son évaluation des risques : effectif important, risque d’électrisation, éloignement des secours publics, accès difficile au site, population vieillissante ou exposée à des facteurs cardiovasculaires.
  • Dans les établissements recevant du public (ERP), l’obligation existe bel et bien depuis le décret n° 2018-1186, avec un calendrier échelonné selon les catégories. Les ERP de catégories 1 à 4 devaient être équipés au 1er janvier 2021 au plus tard, et certains ERP de catégorie 5 au 1er janvier 2022.

Dans tous les cas, l’équipement sans la formation est un investissement à moitié perdu. Et un DAE nécessite un suivi : contrôle des électrodes, de la batterie, traçabilité des vérifications.

Cinq actions concrètes à mettre en place dans votre entreprise

  1. Recomptez vos SST réellement actifs. Un certificat SST est valable 24 mois. Passé ce délai sans MAC (maintien et actualisation des compétences), la personne n’est plus certifiée. Beaucoup d’entreprises pensent avoir cinq secouristes et en ont deux valides.
  2. Cartographiez les moments de solitude. Prise de poste très tôt, fin de service, astreinte, week-end, chauffeurs en tournée, agents d’entretien en fin de journée. Notez qui est seul, quand, et pendant combien de temps.
  3. Testez votre chaîne d’alerte pour de vrai. Chronométrez le délai entre l’appel au 15 ou au 112 et l’arrivée des secours jusqu’au poste de travail concerné. Beaucoup de sites découvrent à cette occasion que le portail est fermé, que personne n’est prévu pour guider les pompiers, ou que l’adresse GPS envoie au mauvais bâtiment.
  4. Sensibilisez au-delà des seuls SST. Une action courte type « gestes qui sauvent » sur deux heures permet de toucher l’ensemble d’une équipe, et de multiplier les témoins capables d’agir.
  5. Parlez des signaux d’alerte. L’étude souligne que dans de nombreux cas, les victimes avaient ressenti des signes dans les heures ou les jours précédents, notamment une douleur à la poitrine, qu’elles ont ignorés. La visite de mi-carrière prévue avec le service de prévention et de santé au travail est un moment stratégique pour aborder le sujet.

Notre approche chez SEGURA ESFORMA

Nous formons vos équipes directement dans vos locaux, sur vos situations de travail réelles. Pas de scénario théorique déconnecté du terrain : on travaille sur votre atelier, votre quai de chargement, votre couloir de résidence, votre bureau.

Nos formations mobilisées sur ce sujet :

  • SST initial (14 heures) : formation certifiante INRS, pour créer ou renouveler votre effectif de secouristes.
  • MAC SST (7 heures) : maintien et actualisation des compétences, à réaliser tous les 24 mois.
  • Gestes qui sauvent et sensibilisation aux premiers secours : formats courts pour toucher un maximum de salariés.
  • Utilisation du défibrillateur automatisé externe : intégrée à nos sessions, avec manipulation sur DAE de formation.

SEGURA ESFORMA est un organisme de formation certifié Qualiopi au titre des actions de formation (certification Apave n° 351260/r2) et habilité par l’INRS pour le SST. Vos actions sont donc finançables via votre OPCO et votre plan de développement des compétences. Nous intervenons dans l’Ain (01), le Rhône (69), l’Isère (38) et la Loire (42).

Votre formateur est sapeur-pompier depuis 1996, toujours en activité. Ce qui est enseigné en salle vient directement de ce qui est pratiqué en intervention.

Questions fréquentes

Combien de SST faut-il dans une entreprise ?

Le Code du travail impose au minimum un secouriste par atelier où sont effectués des travaux dangereux, et un pour vingt personnes sur les chantiers de plus de quinze jours. En pratique, il faut raisonner en couverture réelle : il doit toujours rester au moins un SST présent, y compris en tenant compte des congés, des absences et des différentes équipes. La recommandation courante est de 10 à 15 % de l’effectif.

Quelle est la durée de validité du certificat SST ?

24 mois. Au-delà, un MAC SST de 7 heures est nécessaire pour le prolonger. Si le délai est dépassé, un recyclage reste possible, mais il vaut mieux anticiper avant l’échéance.

Un malaise mortel au travail est-il reconnu comme accident du travail ?

Un décès survenu sur le lieu et pendant le temps de travail bénéficie d’une présomption d’imputabilité au titre de la législation professionnelle. C’est d’ailleurs ce qui explique que ces situations soient recensées parmi les accidents du travail mortels, même en l’absence de cause externe identifiée.

Combien coûte une formation SST en entreprise ?

Le tarif dépend du nombre de participants, de la durée et du lieu. Nous établissons un devis gratuit sous 48 heures. Contactez-nous pour une proposition adaptée à votre effectif.

Faites le point sur votre organisation des secours

Combien de vos SST sont encore à jour ? Vos équipes sauraient-elles réagir dans les trois premières minutes ? Nous vous rappelons pour en discuter, sans engagement.

Votre devis gratuit en 3 minutes

Source : INRS, communiqué de presse du 4 juin 2026, « Malaises mortels au travail : une nouvelle étude INRS confirme le profil des victimes et propose des pistes de prévention adaptées ». Étude : Bourdieu A, Delépine A, Tissot C, Références en santé au travail, 2026, n° 186.